Les enjeux

La cohésion territoriale

La cohésion territoriale est un enjeu transversal, il concerne toutes les mobilités, pour tous les types de déplacement et toutes les destinations dans et hors du territoire ainsi que vers celui-ci. Cet enjeu de la mobilité pour tous dans un territoire maillé et avec un réseau de transport cohérent et performant constitue une nouveau défi à relever la Bretagne et les Pays de la Loire. Cette cohésion doit être possible et réalisée sur les trois échelles de déplacements : les relations longue distance nationales et internationales, les relations à moyennes distance entre les villes de l'Ouest pour développer leurs synergies et équilibrer le territoire et les relations du quotidien en développant l'offre de transport.

L’accessibilité du Grand Ouest

L’augmentation de la population des deux régions et leur dynamisme économique ont un impact sur les besoins de mobilité. Les deux régions, et plus particulièrement la Bretagne, sont positionnées à la périphérie de centres de décision. En effet, Bretagne et Loire-Atlantique se situent à bonne distance de Paris. Rennes en est éloignée de 350 kilomètres, Nantes de 380 et Brest de près de 600. Quand le voyageur est à Rennes, il lui reste entre 200 et 250 kilomètres pour rejoindre Brest ou Quimper, et lorsqu’il est à Nantes, ce sont encore 250 à 300 kilomètres qui le séparent des principales villes de la pointe Finistère.

Cet éloignement relatif s’accentue encore si, au lieu de considérer Paris et le territoire national, le même voyageur se place à l’échelle européenne : l’Ouest français est en périphérie de la mégalopole européenne qui s’étend du bassin de Londres à celui du Pô en englobant la Randstad Holland et l’Allemagne rhénane. La fameuse « banane bleue » popularisée dans les années 1980, concentre 40 % de la population européenne et l’essentiel de son potentiel économique. Les élargissements successifs de l’Union européenne, qui ont permis d’intégrer les pays de l’Europe de l’Est au cours des années 2000 accentuent encore cet effet d’éloignement de la centralité européenne.

L’attractivité de l’ensemble de la façade atlantique ne compense pas ce sentiment d’éloignement. En effet, Nantes et Rennes appartiennent à un axe nord-sud atlantique qui court de Dunkerque, et au-delà de l’Europe du Nord, jusqu’à Bayonne, et plus loin vers l’ensemble de la péninsule ibérique. Cet axe de circulation se matérialise avec l’autoroute des estuaires qui rapproche Bretagne et Pays-de-la-Loire de la Normandie immédiatement au nord, et de Poitou-Charentes et de l’Aquitaine au sud. Pour la Bretagne mais aussi pour les Pays-de-la-Loire, surtout dans leur partie ouest, l’enjeu des relations avec Paris, le reste du territoire national et l’Europe est historiquement prépondérant alors même que les deux régions participent du très fort dynamisme de la façade atlantique. Plus on va vers l’ouest et vers le bout de la péninsule bretonne, plus la notion de « périphéricité » s’accentue.

Une structuration autour de Nantes, Rennes et Brest

Les trois plus grandes aires urbaines structurent l’organisation territoriale, Rennes ville de l’intérieur, Nantes sur l’estuaire de la Loire et Brest à l’extrémité de la péninsule. Elles regroupent à elles seules 27 % de la population des deux régions. Elles sont les trois têtes de réseau. Hier tournées presque exclusivement vers Paris, ces villes entretiennent désormais des relations avec les autres aires urbaines, à différentes échelles.

Les aires d'influence des villes du Grand Ouest
Source : L'Ouest et le rail - Enjeux et prospective
Nantes et Rennes rayonnent à 360°. Brest, du fait de sa situation littorale, à 180° seulement.

Nantes est de loin l’aire urbaine la plus importante avec près de 900 000 habitants. Le réseau urbain est dense. L’axe historique de relation de Nantes avec Paris part de Saint-Nazaire à l’ouest pour aller ensuite vers Angers puis Le Mans. Nantes regarde autant vers Angers à l’est, Saint-Nazaire à l’ouest, Châteaubriant au nord et La Roche-sur-Yon au sud. Saint-Nazaire, le port maritime d’entrée d’estuaire dont la situation répond à celle de fond d’estuaire de Nantes, est distante d’un peu plus de 60 kilomètres de cette dernière. Son aire urbaine compte 210 000 habitants. Les deux aires urbaines tendent à former une véritable continuité urbaine tout au long de l’estuaire de la Loire. Elles entretiennent des relations étroites de coopération (SCOT métropolitain Nantes-Saint-Nazaire). À l’est, Angers est à 90 kilomètres avec près de 400 000 habitants.

Rennes est la porte de la Bretagne. Son aire urbaine se rapproche des 700 000 habitants. Son axe est-ouest de relation avec Paris passe par Laval et Le Mans, et il s’ouvre à l’ouest sur l’ensemble de la Bretagne jusqu’à Brest et Quimper. Rennes regarde autant à l’est vers Laval qu’à l’ouest vers Lorient/Vannes sur le littoral sud ainsi que Lamballe/Saint-Brieuc et Saint-Malo sur le littoral nord et jusque vers Pontivy et Loudéac dans le Centre Bretagne.

Le dynamisme des deux capitales régionales et leur rayonnement à 360°, alors même qu’elles ne sont distantes l’une de l’autre que d’un peu plus de 100 kilomètres, expliquent qu’elles soient de plus en plus en relation l’une avec l’autre. D’ailleurs, cela se matérialise par le rapprochement de leurs deux aires urbaines, qui ne sont plus distantes aujourd’hui que de quelques kilomètres et qui, demain, deviendront contigües pour n’en former plus qu’une seule.

Par nature, Brest ne peut que rayonner qu’à 180° et d’une façon plus limitée du fait d’un poids démographique plus faible que Nantes et Rennes. Son aire d’influence immédiate s’étend vers Morlaix et Quimper. Si Brest est concernée au même titre que les villes de Nantes et de Rennes par le renforcement de son accessibilité à Paris, à l’ensemble du territoire national et au reste de l’Europe, l’enjeu porte tout autant sur la qualité des relations entre les trois pôles du triangle, Brest, Nantes et Rennes qui passe par les deux axes littoraux est-ouest, là où se concentrent les autres aires urbaines les plus importantes de la région et les plus fortes densités de population.

En effet, la Bretagne est devenue en quelques décennies une vaste région urbaine avec deux grands axes littoraux est-ouest. Le premier, au nord, court de Rennes à Brest et comprend trois aires urbaines importantes : Saint-Malo, Saint-Brieuc et Lannion. Le second, au sud, s’étend de Nantes à Quimper avec une présence régulière de villes, notamment Vannes et Lorient. Le long du littoral, au nord comme au sud, les densités sont, sur 20 à 30 kilomètres à l’intérieur des terres, supérieures à 100 habitants par km².

Hier concurrentes, Nantes, Rennes et Brest sont de plus en plus confrontées aux enjeux métropolitains. Elles cherchent à conforter leur attractivité dans le contexte européen et mondial. En effet, prises chacune séparément, elles pèsent peu à l’échelle européenne. Leur proximité leur permet de rechercher des complémentarités et de valoriser ensemble leurs spécialisations respectives. Aux enjeux d’accessibilité de l’Ouest français par rapport au reste de la France et de l’Europe répondent aussi ceux de relations performantes entre les plus grandes villes de ce même territoire. La quête de la dimension métropolitaine passe par le renforcement des relations entre les trois plus grandes villes. Mais elle nécessite aussi des relations de qualités entre ces dernières et les villes moyennes et petites qui sont dans leur aire d’influence immédiate.

Liens majeurs des principales aires urbaines
Source : L'Ouest et le rail - Enjeux et prospective
Les flux importants qui existent dans le maillage des villes bretonnes et ligériennes illustrent l'enjeu de développer des relations encore plus performantes dans le territoire afin de les renforcer.

La mise en réseau du territoire pour accompagner la métropolisation

L’enjeu de la cohérence territoriale et des relations entre les villes du territoire ne peut être ignoré. En effet, la métropolisation repose aussi sur le renforcement des relations de proximité pour faciliter, par exemple, les mobilités domicile-travail ou celles liées à l’activité des entreprises. Plusieurs échelles doivent être considérées.

Les métropoles. Rennes et Nantes disposent d’un rayonnement plus important que Brest. De plus, elles tendent à former une seule et même région urbaine. Elles sont privilégiées dans leurs relations avec Paris. En 2017, avec la mise en service de la LGV Bretagne - Pays-de-la-Loire, elles seront plus proches de Paris que de Brest en distance-temps ferroviaire. Elles participent aussi de l’axe atlantique. Les différences de rayonnement entre les trois plus grandes villes introduisent un risque de déséquilibre est-ouest, avec une « métropolisation » qui se ferait exclusivement au profit du bi-pôle Nantes-Rennes, au détriment de Brest. Pour l’Ouest breton, l’enjeu de la relation avec l’est est déterminant afin que le Finistère ne se résume pas à un simple « Far West ».

Temps de parcours ferroviaires vers Paris
Source : L'Ouest et le rail - Enjeux et prospective
Avec l'arrivée de la LGV BPL, le Grand Ouest se "rapproche" de Paris avec un temps de parcours Rennes-Paris moyen d'1h25.

Les aires urbaines. La croissance ne peut se polariser uniquement dans les grands centres urbains de Nantes, Rennes et Brest. Un tel processus conduit à l’élargissement non contrôlé des aires urbaines par leur étalement et la désertification des campagnes, et il remet en cause, à terme, l’attractivité régionale. En contrepoint, l’Ouest français bénéficie d’une solide armature urbaine, avec de nombreuses villes littorales petites et moyennes, relais importants des trois têtes de réseau. Conforter des relations de proximité équilibrées entre les villes grandes, petites et moyennes constitue un enjeu essentiel pour répondre au défi de la métropolisation, nécessaire pour renforcer la place européenne des deux régions, par la mise en réseau des villes. Or, l’enjeu de la revitalisation des centres des villes petites et moyennes est déterminant. L’organisation de possibilités de rabattement vers ces derniers, en lien avec une meilleure maîtrise de l’urbanisation, en particulier sur le littoral, peut contribuer à renforcer l’attractivité des villes petites et moyennes.

Les systèmes de relations locales entre villes
Source : L'Ouest et le rail - Enjeux et prospective
Le projet LNOBPL s'inscrit, par l'intermédiaire de ses objectifs, dans le renforcement de ces différentes relations entre les aires urbaines du territoire.

Les zones complémentaires aux centres urbains. À l’écart des dynamiques démographiques et économiques les plus importantes, le centre de la Bretagne, constitue un poumon vert, complémentaire des plus grands centres urbains. Il est aussi essentiel au développement de la filière agro-alimentaire. C’est pourquoi l’accès aux villes de Carhaix, Pontivy ou Loudéac, et plus largement à l’ensemble du Centre Bretagne, ne peut être ignoré.

Accessibilité routière des gares
Source : L'Ouest et le rail - Enjeux et prospective
Cette carte précise le temps d'accès à la gare TGV la plus proche sur le territoire. Elle montre l'importance de la question de l'accessibilité de certaines zones du territoire du Grand Ouest, notamment le Centre Bretagne.

 

Le projet LNOBPL tente de répondre à cet enjeu, en favorisant l’accessibilité du grand ouest, pour aider à la mise en réseau des villes du territoire tout en tenant compte de la structuration autour des trois agglomérations de Nantes, Rennes et Brest. Différents aménagements sont possibles pour améliorer le réseau sur les liaisons « nord », reliant Rennes à Brest, via Saint-Brieuc et Morlaix, et « sud » reliant Nantes à Quimper via Vannes et Lorient. Ils sont de nature à favoriser les relations entre ces villes et les zones urbaines de Rennes, Nantes ou Brest.